Gérald Foltête  

Pour croquer le portrait d’un artiste authentique comme Gérald Foltête, dans le respect de son originalité artistique et de son mystère créatif, nous pouvons suggérer de revenir à ses sources, à son enfance vivace, à sa galaxie, à l’origine de son monde.

Né à Besançon le 27 mai 1966 dans la région du poète romantique Charles Nodier, du géant Victor Hugo, des grands frères Lumière, Foltête nourrit sa sensibilité dans cette ville, au pied des montagnes arrondies du Jura, à l’ombre projetée de la citadelle de Vauban, et le long des arabesques du Doubs. Les courbes de niveau des cartes d’état major forgent la mémoire du marcheur, aiguisent sa perception de l’horizon et du plan vertical. L’artiste en herbe de 12 ans d’âge, à quelques pas d’Ornans, retrouve les traces de Gustave Courbet et découvre l’ivresse de la peinture. Plus tard, Foltête poursuivra sa quête en  enfourchant la monture Dadaïste.

La mélancolie blanche et joyeuse des Hautes Alpes le saisit. Les roches se colorent en noir d’ivoire, surgissent de la matière brute de la toile, restituent ces instants lumineux d’alpinisme. La musique réveille ses sens, le cinéma l’appelle dans ses images mobiles et nourrit le dynamisme de ses créations cinétiques. Son appareil photo ne le quitte pas et les variations multiples du noir et blanc s’invitent sur ses toiles. Foltête a pris son nom au pied de la lettre. Son fol imaginaire s’avance sans idée préconçue. L’hélice du désir le guide dans le déséquilibre de ses compositions emportées dans l’infini de l’espace. Des femmes de  belle époque, dans leur nudité stylisée, s’avancent en funambule dans des paysages mystérieux, aériens et maritimes, de bleu d’outremer et de cobalt.

Foltête, c’est aussi un plasticien du sensible qui calligraphie ses lectures. Pour exemple, le texte de Victor Hugo, « Le dernier jour d’un condamné », se verticalise en écriture minuscule sur une unique toile. Au premier plan, le cerveau d’or de Victor résiste à un étau en fonte et l’espace pictural construit sa troisième dimension sur 50 cm. Les livres de Stephan Zweig, Nicolas Gogol, Virginia Woolf, Richard Brautigan…, se calligraphient en intégral sur des toiles parchemin. La coulure de l’encre s’affiche, la rature s’impose, la tâche se révèle. L’œuvre picturale donne corps au manuscrit et l’inscrit dans un paysage unifié.

Une création n’est jamais close tant que le regard, la parole, l’interpellent, la font vivre et se mouvoir. Le riche imaginaire de Foltête vibre à la plus petite injonction, son érotisme aérien est d’une tendre impertinence. C’est en peignant, sculptant, transcrivant que l’artiste Gérald Foltête nous invite au voyage du regard mobile, à la quête  de notre infini intime dans ce cosmos de l’humain. L’artiste nous suggère de dépasser nos limites. Rencontrer ce poète de l’espace-temps, c’est s’aventurer au plus près de notre vibration sincère de l’instant.

 

Mon travail oscille entre les deux infinis. Je m’intéresse principalement aux pôles (géant, minuscule ; noir, blanc ; froid, chaud) mais aussi et surtout aux humeurs et aux relations humaines extrêmes.

Dans le premier volet de mon travail, Je me suis rapproché de certains grands auteurs (Victor Hugo, Gogol, Dostoïevski, Van Gogh etc.). En retranscrivant certains de leurs écrits j’arrive à mieux pénétrer leurs textes, éprouver leur solitude et leurs tourments.

A travers ces exemples, ce sont les recherches sur la nature humaine dans son ensemble qui motive mon travail. Cet exercice patient et solitaire induit une sorte d’extase, une mélancolie dans le sens défini par Victor Hugo (la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste).

J’explore la liberté, la solitude, le temps et la mélancolie qui résulte de cette expérience.

Le deuxième volet de mon travail, met en scène sous forme d’installations, des univers auxquels je suis sensible. Ce sont des scénettes, qui par la stricte délimitation de leur espace, forcent la focalisation de l’attention et encouragent le regardeur à la réflexion.

Je m’attache, même lorsque je traite de sujets graves, de problématiques humaines ou de phénomènes sociétaux, à produire une émotion poétique. Il me semble que l’art contemporain s’épuise parfois dans l’explication de son geste et du signifié qu’il poursuit. Je cherche de mon côté, à ne jamais sacrifier la dimension purement « esthétique » de l’œuvre. 

Friedensreich Hundertwasser disait: « rêver seul, ce n’est qu’un rêve. Rêver ensemble, c’est le début d’une réalité ! ». Mon ambition est de donner réalité à un rêve commun, rassembler autour de l’expression plastique que je propose de ce rêve.

Gérald Foltête. Octobre 2017

(…) « Une création n’est jamais close tant que le regard, la parole, l’interpellent, la font vivre et se mouvoir. Le riche imaginaire de Foltête vibre à la plus petite injonction, son érotisme aérien est d’une tendre impertinence. Le plasticien, Foltête nous invite au voyage du regard mobile, à la quête  de notre infini intime dans ce cosmos de l’humain. L’artiste nous suggère de dépasser nos limites. Rencontrer ce poète de l’espace-temps, c’est s’aventurer au plus près de notre vibration sincère de l’instant. »

Michel Crance

Posted by:Remo Mugnaioni