Sereirrof est revenu de l’Enfer en 2012 et c’est toujours Dante qui le hante. Aujourd’hui comme auparavant. Comme l’Italien qu’il illustre à merveille dans la Divine Comédie, sans doute est-ce dans les Enfers antiques, hellènes, qu’il est parti déambuler et c’est là qu’il convie les spectateurs à entrer. “Sur terre et un peu au-dessus” renverse la géographie infernale de nos imaginaires souterrains. L’Enfer, ne serait-ce point sous ce ciel, le premier, celui qui couvre nos horizons ? Les créatures inquiétantes de l’Hadès se retrouvent ici en plein air, les aigles déchiquettent Prométhée et nous entrainent à repenser la destinée humaine d’aujourd’hui préfigurant notre au-delà. Parmi les sombres rapaces, aux griffes tendues vers les proies que nous sommes, se distinguent des figures plus inquiétantes encore, celle d’Hommes ou de monstres humains. Car il n’est de monstres que nous, point d’animaux, c’est là ce que nous disent les Anciens, c’est là ce que nous montre le peintre. La terre dans sa peinture ne semble pas être endroit plus paisible que le purgatoire ou l’enfer. Elle est le lieu où viennent du ciel de terribles punitions. D’un peu au-dessus, c’est Dieu qui envoie aux habitants de cette strate Ses châtiments, d’incessants tourments aériens. Des toiles éclatent des scènes dignes du Dies Irae, Apocalypse est le mot qui vient le plus souvent à l’esprit de celui qui regarde.

Mais comment être sûr alors que c’est bien sous notre ciel que souffrent les corps et les âmes qui suintent d’eux ? Par les couleurs, Sereirrof nous l’indique. Elles sont claires, lumineuses pour les froides et chaudes comme la douleur pour les autres. Ce sont les couleurs d’ici-bas, créées par la luminosité de notre ciel, de notre astre. Jour de colère illustré par un maître hanté par le Jugement qui lui est réservé. Jours terribles avant le Jugement Dernier. Le tourment de l’esprit agite les corps et les déforme, les contorsionne. La souffrance et le désarroi s’échappent du cadre, transforment les créatures. Des sujets, parfois simiesques, auxquels l’artiste donne vie, aucun ne dépassera cet “un peu au-dessus”, personne ne dépassera le premier ciel et c’est bien plutôt vers l’en-dessous que pointent les doigts, l’Enfer, celui d’ici-bas ou d’encore plus bas. Même les têtes y pointent comme dans ce purgatoire en forme d’étendoir où les corps, nus comme toujours, comme au jour de leur création, sont suspendus à un fil dans l’attente que les péchés dégouttent.

Élodie Perolini

Posted by:Elodie Perolini

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